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Les objets nativement numériques : Transformations et nouveaux enjeux documentaires ?

Les documents nativement numériques demandent-ils des traitements spécifiques ?

Est-ce qu’une application Smart City, une visualisation 3D, un flux de tweet ou un logiciel peuvent être considérés comme des documents ? Dans un contexte numérique structurellement instable, se reconfigurant en permanence, le concept de « document » est-il encore opérationnel ? De telles questions émergent naturellement lorsque l’on s’intéresse aux objets nativement numériques qui prolifèrent aujourd’hui, sous des formes extrêmement variées. Derrière cette expression “nativement numériques”, nous entendons ici toute chose concrète, fabriquée à l’aide des technologies numériques et perceptible par nos sens (visuel, auditif, tactile). C. Paloque-Berges (2016) en propose par exemple la typologie suivante : données numériques ; code informatique ; documents numériques ; artefacts matériels. Dans notre acception, nous nous focalisons sur les productions numériques non stabilisées, qui s’insèrent dans une logique de flux (Rifkin et St Upery, 2002) : données de la recherche, codes sources, simulations ou visualisations, données issues de réseaux sociaux, services de vidéo à la demande, données issues d’objets connectés, pages Web, Wikipédia (Barbe et al., 2015), jeux vidéo, streaming musical, cartes et plans interactifs, oeuvres de l’art numérique… Cette liste est évidemment non limitative.
Plusieurs particularités peuvent être mises en évidence pour caractériser de tels objets. Dans notre approche, ils se construisent progressivement à travers un système complexe, organisé en couches et dont certains éléments demeurent plus ou moins dissimulés à l’usager au coeur de la machine et de ce fait, plus ou moins difficiles à appréhender. Les données sont enregistrées dans un fichier, qui est codé dans un certain format informatique, qui à son tour détermine le type du logiciel permettant de lire le fichier, et le type de matériel/support de lecture (ordinateur, smartphone, etc.). Ils croisent par ailleurs plusieurs dimensions (technique, sociale, juridique, etc.), à l’exemple de la dimension logistique : ils n’existent plus comme des objets autonomes et singuliers mais s’insèrent dans une logistique des flux (Robert & Pinède, 2012). De même, il n’est pas rare qu’ils se composent et recomposent sur la surface de l’écran en empruntant plusieurs apparences numériques (Robert & Tona, 2016). L’une des particularités remarquables de ces objets consiste donc en cette reconfiguration permanente, en lien avec l’environnement numérique dont ils sont issus. Complexes, pluri formes, hybrides (en partie numériques, en partie physiques), dynamiques, connectés entre eux ou à d’autres objets (notamment dans le cadre de l’internet des objets), ils possèdent des propriétés structurantes singulières, qui soulèvent de nombreuses questions, notamment lorsqu’on les considère en tant qu’objets documentaires (Delve et Anderson, 2014).
C’est cette problématique que propose d’explorer le premier dossier de la revue Balisages : comment prendre en charge au plan info-documentaire l’instabilité structurelle de ces objets complexes et évolutifs ? L’exemple du Software Heritage de l’INRIA est à ce titre significatif. Il vise à « collecter tous les logiciels disponibles publiquement sous forme de code source, avec
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l’historique de leur développement, de les dupliquer massivement pour garantir leur préservation, et de les partager avec tous ceux qui en ont besoin »1, ce qui fait émerger des enjeux traditionnellement documentaires autour d’un objet qui ne l’est pas traditionnellement (Abramatic et al., 2018).
C’est donc cette confrontation entre objets nativement numériques, hétérogènes, instables, complexes, dynamiques, hybrides et logiques documentaires (collecte, description, classification, partage, diffusion, conservation et archivage…) que nous souhaitons explorer ici, en posant les permanences et renouvellements à l’oeuvre, à partir de différents exemples d’objets (données de la recherche, produits culturels, objets scientifiques, objets patrimoniaux, pour ne citer qu’eux…).
Les questionnements suivants pourront notamment être abordés :
- Comment qualifier un « objet nativement numérique » ? S’agit-il encore d’un document ?
- Quels enjeux posent ces objets numériques nouveaux pour la pratique documentaire par rapport aux objets documentaires traditionnels ? Ces nouveaux objets échappent-il à la logique documentaire classique ?
- Quelles approches en lien avec des dispositifs techniques rendent possibles leur accès, médiation, diffusions, etc. ?
- Quels acteurs mobilisent-ils ? Dans quels écosystèmes documentaires s’inscrivent-ils ? Quelles nouvelles compétences (documentaires ou autres) nécessitent-ils ?
- Quelles questions juridiques et éthiques soulèvent-ils ?
Calendrier

  • 15 juin 2019 : soumission des articles pour expertise
  • 15 septembre 2019 : réponse aux auteurs
  • 1er novembre 2019 : réception des versions finales
  • Décembre 2019 : parution du n°1 de la revue Balisages Consignes aux auteurs Les contributions peuvent être soumises en français ou en anglais. Les textes doivent comprendre environ 40 000 caractères (espaces compris). Les auteurs sont invités à respecter les consignes concernant la mise en forme du texte et la normalisation des références bibliographiques (voir les consignes aux auteurs ci-dessous). Les manuscrits feront l’objet de deux évaluations selon la procédure d’évaluation à l’aveugle. Les propositions d’articles sont à envoyer aux trois coordinateurs de ce numéro thématique, Benoît Epron (benoit.epron@hesge.ch), Nathalie Pinède (Nathalie.Pinede@u-bordeaux-montaigne.fr) et Agnieszka Tona (agnieszka.tona@enssib.fr ).

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